Dorothy Hill : la géologue et militante australienne

Dorothy Hill naît le 10 septembre 1907 et très tôt, elle se révèle être un vrai génie. Elle est d’abord attirée par la médecine, mais l’Université du Queensland ne propose aucune formation médicale, et ses parents ne peuvent se permettre de l’envoyer étudier à Sydney ou Melbourne. Par chance, Dorothy est si brillante qu’elle remporte l’une des vingt bourses de l’Université du Queensland et elle se met à suivre des études de chimie. Et si elle étudie la géologie, c’est uniquement parce que, pour obtenir son diplôme, il lui faut suivre une autre matière scientifique en plus de la chimie et de la biologie.

Mais la géologie devient rapidement une obsession. Dorothy s’intéresse surtout à l’étude des coraux qu’elle étudie sur le terrain, souvent à dos de cheval. On peut l’apercevoir galopant à travers les terres australiennes, emportant des échantillons délicatement emballés dans ses sacoches. Lorsqu’elle ne prélève pas d’échantillons, elle joue au hockey, à un niveau semi-professionnel, pour l’équipe féminine du Queensland ; ou alors elle admire des voitures anciennes.

Mais elle n’abandonne jamais son travail scientifique, et elle travaille parfois 80 à 90 heures par semaine – parce qu’apparemment, le sommeil, c’est pour les mauviettes.

Dorothy obtient son diplôme de l’Université du Queensland et remporte même la médaille d’or de la faculté, parce qu’elle est considérée comme l’élève la plus prometteuse de sa classe. C’est la première fois qu’une femme remporte cet honneur. Elle commence aussitôt à travailler en tant que professeure dans le département de géologie du Queensland, faisant avancer la science australienne jusqu’au niveau de celle de l’Europe (qui était vraiment à la pointe de la géologie à l’époque).

Dorothy est réputée pour sa capacité à organiser l’information et ses qualités de manager. Elle conserve des cartes locales et y ajoute de nouvelles informations sur les organismes d’Australie. Ces informations, qui sont le fruit de ses recherches ou de celles d’autres scientifiques, lui permettent de créer une carte passionnante indiquant où trouver certains organismes en Australie et précisant leur datation. Elle forme des dizaines, si ce n’est des centaines d’étudiants à sa méticuleuse approche du travail de terrain et à la recherche scientifique ; certains finissent souvent par collaborer avec elle par la suite.

En un an, elle recueille plus d’un millier de spécimens – en fait, juste des tranches d’un type d’organisme – soit presque autant que tous ses étudiants et collègues réunis. En étudiant un des organismes, Dorothy découvre que toute la littérature scientifique à ce sujet n’existe qu’en russe. Alors elle se met à apprendre le russe pour pouvoir lire ces documents. Elle a toujours quatre ou cinq projets en cours en même temps, donc si elle n’avance pas sur l’un d’eux ou s’il lui faut attendre un financement ou une approbation, elle peut aisément s’atteler à un autre projet pendant ce temps.

Dorothy Hill et sa carte dans le jeu « Femmes de Science ».

Dorothy Hill et sa carte dans le jeu « Femmes de Science ».

Elle trouve aussi le moyen d’obtenir son permis de pilote tandis qu’elle vit en Angleterre pour préparer sa thèse à Cambridge – comme si le fait de faire de la science à dos de cheval n’était pas suffisamment génial. Au moment où elle décroche sa thèse, elle a déjà réalisé de nombreuses recherches sur la Grande Barrière de corail – le plus grand récif corallien du monde, constitué d’un très grand nombre d’îles et composé d’une infinité de minuscules organismes.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale arrive aux portes de l’Australie, Dorothy et sa sœur Edna décident de rejoindre les Women’s Royal Australian Naval Services (WRANS), la branche féminine des forces navales. Au début, Dorothy fait des choses très simples, comme le fait de vérifier si des mines ont bel et bien explosé ; mais rapidement, elle a droit à une formation plus poussée et elle se met à grimper les échelons pour faire du chiffrement et bien sûr, gérer de nombreux jeunes quelque peu perdus – c’est beaucoup d’attributions pour un professeur d’université. Mais elle n’abandonne jamais son travail scientifique, et elle travaille parfois 80 à 90 heures par semaine – parce qu’apparemment, le sommeil, c’est pour les mauviettes.

Après la guerre, Dorothy voit sa collection de merveilleux fossiles conservée, et elle devient la présidente de la Royal Society of Queensland, une société constituée d’un groupe de célèbres scientifiques. Mais cela ne dure guère longtemps : premièrement parce qu’elle a en fait hérité du poste (elle était auparavant vice-présidente) et deuxièmement parce qu’elle préfère amplement prélever et trier ses échantillons, enseigner ces pratiques aux étudiants ou encore écrire des articles de paléontologie. Il n’empêche qu’elle est la première femme à devenir présidente de cette organisation, même si cela n’a pas duré. Elle est aussi la première femme à devenir présidente de l’Académie australienne des sciences, en 1970.

Au lieu d’être célèbre pour une unique grande découverte, Dorothy Hill est célèbre pour tout un éventail de choses incroyables : elle a été une extraordinaire vétéran à une époque où l’armée comptait très peu de femmes dans ses rangs ; elle a découvert une tonne de types de coraux différents et fait beaucoup de recherches sur la Grande Barrière de corail ; elle a fait avancer la recherche et le travail de terrain, poussant les scientifiques australiens à adopter des normes plus élevées, et elle a été la première femme à devenir présidente de plusieurs sociétés scientifiques. Il existe même un prix portant son nom, qui est décerné à ceux qui réalisent un travail exceptionnel en géologie.

Sources :
Campbell, K. W., & Jell, J. S. (1998). Dorothy Hill 1907-1997 [Version électronique]. Historical Records of Australian Science, 12(2).
McCarthy, G. J. (le 4 juin 2010). Entrée biographique : Hill, Dorothy (1907-1997). Dans l’Encyclopedia of Australian Science. Vu le 17 août 2015, en anglais, sur : www.eoas.info/biogs/P000494b.htm
Le professeur Dorothy Hill. (n.d.). Dans Geological Society of Australia. Vu le 17 août 2015, en anglais, sur : www.qld.gsa.org.au/dhill.htm

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