Françoise Dolto : l’avocate des enfants

Françoise Dolto naît en 1908 dans une famille française aisée et conservatrice. Elle est la quatrième d’une fratrie de sept enfants. Dès son plus jeune âge, elle se démarque déjà par son incroyable capacité à comprendre autrui. À huit ans, elle dit à qui veut bien l’entendre qu’elle sera un jour « médecin de l’éducation. » Mais en 1916, l’idée qu’une enfant puisse devenir une experte en matière d’éducation est aussi drôle qu’un enfant déclarant qu’il veut devenir orang-outan ou plante d’appartement quand il sera grand.

De profondes expériences la confortent néanmoins dans cette voie. C’est sans doute parce qu’intuitivement, elle réalise que les adultes comprennent mal les enfants – notamment ses jeunes frères et sœurs et elle – et qu’ils les traitent avec cruauté ou les négligent. Françoise écrit : « je me demandais comment, ayant été petits et étant devenus grands, les gens pouvaient être si étranges, puisqu’ils avaient été des enfants. Et je me disais : ‘Quand je serai grande, je tâcherai de me souvenir de comment c’est quand on est petite.’ »

Elle est convaincue que la seule façon de préparer les enfants à la vie est de communiquer ouvertement avec eux, sur un pied d’égalité, en respectant leur autonomie et en leur permettant de faire des erreurs.

Pourtant, son désir de pratiquer ce métier aurait pu disparaître quand, à douze ans, Françoise perd sa sœur aînée, Jaqueline. Sa mère qui avait demandé à Françoise de prier pour sa sœur, la veille de sa première communion, lui fait ensuite le reproche de « n’avoir pas assez prié » lorsque Jacqueline meurt d’un cancer des os. Sa mère déclare alors qu’elle aurait préféré que Françoise soit morte à la place de sa sœur. Et pire encore, elle essaie d’avoir un autre enfant pour remplacer Jacqueline, et c’est Françoise qui doit alors s’occuper de son petit frère Jacques.

Françoise est en perpétuel conflit avec sa famille conservatrice, qui est convaincue que les filles n’ont pas besoin d’aller à l’école. Son cerveau curieux et avide de savoir a désespérément besoin d’être stimulé, et par soif de créativité, Françoise se met à la couture, la poterie, l’aquarelle, la sculpture et elle prend part à des concours de réalisation de posters. Finalement, sa famille accepte de lui financer une formation d’infirmière ; et à la même période, à la demande de ses parents, Françoise accepte la demande en mariage d’un prétendant choisi par sa mère – un ami de celle-ci. Il est fort probable que de rudes pourparlers ont eu lieu.

Elle attend de pouvoir entrer à l’école en même temps que son frère Philippe et bien sûr, elle finit tout de même par devenir médecin – en partie parce qu’elle trouve la broderie et la poterie bien trop répétitives. Il va sans dire que dès qu’elle commence ses études de médecine, elle rompt ses fiançailles arrangées et quitte le bougre sans ménagement.

Mais alors qu’elle découvre la liberté, Françoise commence à ressentir une profonde culpabilité. Elle cherche l’aide d’un psychothérapeute et c’est grâce à René Laforgue qu’elle commence à surmonter la culpabilité qui l’a poussée à suivre les règles insensées de sa mère.

En 1939, elle devient médecin de famille, pédiatre, et rejoint la Société psychanalytique de Paris. Elle travaille aussi à l’hôpital avec les enfants perturbés.

Françoise Dolto, en vrai et telle que représentée dans les cartes « Femmes de Science »

Françoise Dolto, en vrai et telle que représentée dans les cartes « Femmes de Science »

C’est l’école freudienne de psychologie, toute puissante à l’époque, qui a le dernier mot quand il s’agit de juger si une thérapie ou une formation est « acceptable. » Alors que Françoise est convaincue que ses idées sont fondées, elle n’aime pas le côté dogmatique. Elle veut que les thérapeutes puissent continuer à évoluer, apprendre, changer. Et aussi incroyable que ça puisse paraître, les Freudiens sont opposés à la philosophie de Dolto selon laquelle les étudiants peuvent utiliser toutes les techniques qui s’avèrent efficaces.

À la fin des années 60, Françoise commence à animer une émission de radio dans laquelle elle répond aux questions des auditeurs en matière d’éducation et de psychologie de l’enfant.

Les idées de Françoise Dolto à propos des enfants sont révolutionnaires et contraires aux concepts de l’époque. Pour Françoise, les enfants sont doués d’une grande intelligence et capables d’une profonde compréhension même si leur aptitude à communiquer n’est pas trop développée, et que par conséquent, ils ne peuvent pas aisément communiquer leurs pensées aux adultes. Elle défend les droits des enfants, et déclare que la majorité devrait être fixée à treize ans. Ses idées en matière d’instruction sont tout aussi révolutionnaires : elle estime que les écoles ne préparent pas les enfants à savoir prendre leurs propres décisions, mais plutôt à accepter celles des autres. Elle est convaincue que la seule façon de préparer les enfants à la vie est de communiquer ouvertement avec eux, sur un pied d’égalité, en respectant leur autonomie et en leur permettant de faire des erreurs.

Avant Françoise Dolto, les enfants n’étaient perçus que comme une extension de leurs parents : « être vus et non entendus », présents quand on le leur demandait, autrement, ils étaient invisibles. Par exemple, dans bien des foyers, les enfants n’étaient pas autorisés à parler à table à moins qu’on ne leur adresse directement la parole. Françoise encourage le public à voir les enfants comme des individus, avec des besoins et des désirs propres, distincts de ceux de leurs parents ; elle se bat pour donner aux enfants le pouvoir d’exprimer ces désirs dans un environnement sûr, où le thérapeute sera l’avocat de l’enfant.

Sources :
Binet, E. (1999). Françoise Dolto (1908-88) [Version électronique]. Prospects: the quarterly review of comparative education, XXIX(3), 445-454.
Repères Biographiques Françoise Dolto. (2001). Dans les Archives Françoise Dolto. Vu en anglais, le 13 août 2015, sur le site http://www.dolto.fr/archives/siteWeb/english/bio-en.htm
Sellem, J. (le 18 novembre 2008). Françoise Dolto: an analyst who listened to children (Quand l’enfant est un être à part entière). Journal L’Humanité. Vu sur le site http://www.humaniteinenglish.com/article1071.html
Dire la vérité à un enfant (n.d.). Dans Children of prisoners Europe. Vu sur le site (en anglais)
http://childrenofprisoners.eu/telling-a-child-the-truth/
Turkle, S. (1995). Tough Love: An Introduction to Francoise Dolto’s When Parents Separate. In Sherry Turkle. Vu sur le site http://web.mit.edu/sturkle/www/dolto.html
Women Psychoanalysts in France: Franҫoise Dolto. (2015). In B. Nölleke (Ed.), Psychoanalytikerinnen. Biografisches Lexikon. Vu le 3 août 2015, sur http://www.psychoanalytikerinnen.de/france_biographies.html#Dolto

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