Maria Montessori : la mère de l’éducation moderne

Si l’histoire de Maria Montessori est quelque peu mystérieuse, c’est sans doute parce que le public, par amour, n’a pu s’empêcher de l’embellir. On y trouve de nombreuses histoires incroyables, mais malgré tout, certaines sont vraies.

Maria naît en 1870, le dernier jour du mois d’août, à Chiaravalle, en Italie. Ses parents sont Renilde Stoppani et Alessandro Montessori. Sa famille finit bel et bien par emménager à Rome, même si les sources ne sont pas claires quant à la date de ce déménagement.

Maria excelle à l’école, malgré l’éducation très stricte qu’elle reçoit. Elle va à l’école primaire dans des conditions qui auraient de quoi faire pâlir Jean Valjean : les enfants n’ont pas le droit de se lever de leur chaise ; les pièces sont mal éclairées ; et la classe dispose de livres, d’ardoises et de craies pour seul matériel. Les méthodes d’apprentissage sont la répétition et la mémorisation mécanique : « répétez après moi » sans qu’aucune discussion ne soit possible. On encourage surtout les filles à rester silencieuses pendant la classe. Après tout, elles devront arrêter l’école après le lycée.

On peut imaginer qu’elle a écrit [au Pape] en ces termes : écoutez, j’aimerais vraiment faire ce truc médical, et ça ne pose aucun problème à Dieu, que je sache ? Ce à quoi le Pape répond : Je ne vois pas pourquoi cela Lui en poserait. Et c’est ainsi que Maria Montessori devient la première étudiante en médecine en Italie.

Mais Maria a d’autres projets, et elle s’inscrit d’abord dans une école de mathématiques en 1882 puis dans une école d’ingénieurs en 1886 – ces deux écoles étaient exclusivement réservées aux garçons, et Maria est la seule femme inscrite. Maria a l’avantage d’être à la fois belle et convaincante – ce qui aide grandement à la faire accepter et qui lui fit même envisager de poursuivre une carrière d’actrice. Mais elle se découvre une passion pour les mathématiques et la science, et elle fait fi des attentes de tous.

Si la décision de Maria et de son amie d’aller à l’école d’ingénieur pour garçons était déjà révolutionnaire pour la ville, sa décision de s’inscrire à l’école de médecine l’est encore plus. Son père conservateur s’y oppose fortement et lui dit : « Un professeur, voilà ce qu’une fille peut devenir. Ils ne te laisseront jamais entrer. »

Alors Maria fait ce que toute brillante jeune fille de l’époque aurait fait face à l’adversité : elle demande au Pape d’intercéder en sa faveur.

On peut imaginer qu’elle lui écrit en ces termes : écoutez, j’aimerais vraiment faire ce truc médical, et ça ne pose aucun problème à Dieu, que je sache ? Ce à quoi le Pape répond : Je ne vois pas pourquoi cela Lui en poserait. Et c’est ainsi que Maria Montessori devient la première étudiante en médecine en Italie.

Lorsque les autres étudiants découpent des cadavres, elle est obligée de quitter la salle – imaginez, une jeune femme observant des gens nus en compagnie d’autres hommes ! – et elle est obligée de revenir plus tard, le soir, lorsque les autres étudiants sont rentrés chez eux. Ceci implique qu’elle devait faire le travail sans l’aide d’aucun professeur ni ami à ses côtés. C’est sans doute à cet instant qu’elle réalise qu’elle s’en sort beaucoup mieux quand elle doit se débrouiller toute seule sans explications détaillées, et ce concept d’apprentissage continu et pratique ne la quittera plus.

Maria Montessori, en photo et dans le jeu de cartes Femmes de Science.

Maria Montessori, en photo et dans le jeu de cartes Femmes de Science.

À vingt-six ans, elle passe son examen de médecine, qui à la fin des années 1800, consistait en une présentation décisive. C’est certain, Maria sait que sa présentation se doit d’être parfaite si elle ne veut pas qu’on soupçonne l’école d’avoir été plus conciliante avec elle parce qu’elle est une fille. Et la pression est à son comble : le père de Maria, sur les conseils d’un ami, a décidé d’assister à la présentation pour voir si sa fille deviendra médecin après tout. Maria répond avec charme et brio à la salve de questions de ses examinateurs et elle obtient son diplôme avec les honneurs. Le public – ses camarades de classe et leur famille – se lèvent tous et lui réservent un tonnerre d’applaudissements. On peut aisément imaginer qu’il lui a fallu s’isoler après tout ce stress, pour se remettre de ses émotions, mais il est certain qu’elle a dû se sentir très fière de son succès.

Elle reçoit de nombreux honneurs après que les gens ont vent de son discours si éloquent. Alors qu’elle n’a été diplômée de l’école de médecine qu’en juillet, en septembre, elle représente déjà l’Italie au Congrès international pour les droits des femmes, à Berlin, et elle y revendique l’égalité des salaires pour les femmes.

Et sa proposition est adoptée.

N’oubliez pas qu’on est alors en 1896 ! Maria est si charmante et si brillante (et si juste) qu’elle semble parvenir à rallier tout le monde à sa cause.

À son retour de ce congrès – elle est probablement accueillie avec les plus grands honneurs par ses anciennes camarades de classe – elle obtient immédiatement un poste à la clinique psychiatrique de Rome. C’est là que son « vrai travail » commence. Elle se retrouve en charge d’un groupe d’enfants déclarés handicapés mentaux. Mais elle remarque qu’ils sont simplement « emprisonnés », dépourvus de stimuli, d’activités tant manuelles qu’intellectuelles.

Résolue à aider ces enfants, elle crée un environnement accessible où ils pourront développer leurs connaissances et apprendre à vivre en communauté. Elle commence aussi à faire campagne et à donner des conférences sur le traitement des enfants handicapés et leur potentiel. À la grande surprise de tous, les enfants « handicapés » suivis par Maria Montessori réussissent tous l’examen d’aptitude réservé aux autres enfants italiens.

Cette victoire choque les autres enseignants, qui considéraient ces enfants sans espoir. Et cela pousse Maria à donner une série de conférences sur les lois sur le travail des enfants et sur le traitement des handicapés. Malgré ses succès, Maria doit quitter l’école de ses débuts pour des raisons personnelles : elle a eu une affaire avec Giuseppe Montesano et un enfant est né de cette union. Quand Giuseppe lui apprend qu’il compte épouser quelqu’un d’autre, elle se retire de la vie publique jusqu’à la naissance de son fils Mario, et elle le confie à une famille vivant à la campagne.

Maria semble vouloir un nouveau départ dans la vie. Elle retourne à l’école pour étudier la psychologie et la philosophie, et l’Université de Rome, où elle avait fait ses études, lui confie son département d’anthropologie en 1904.

Maria se détourne des enfants handicapés mentaux pour se consacrer aux enfants démunis quand on lui propose d’instruire un groupe d’enfants des quartiers pauvres de San Lorezo. Un banquier avait fait construire des logements à loyer modérés pour les démunis et les sans-abris, mais il constate que les occupants laissent leurs enfants sans surveillance lorsqu’ils partent travailler. Ils sont trop pauvres pour se permettre de les laisser à la garderie, et les ateliers de misère n’acceptent pas les enfants de moins de sept ans. Le banquier décide donc de créer ce que nous appelons aujourd’hui une garderie, et il veut que Maria gère l’endroit.

C’est ainsi que naît la Casa dei Bambini – la maison des enfants. Chaque jour, elle accueille une cinquantaine d’enfants, âgés de 1 à 6 ans, qui n’ont jamais été encadré par des adultes.

Maria ressort le matériel pratique qu’elle a créé pour les enfants handicapés, et à sa grande surprise, les enfants n’ont même plus besoin d’être encadrés pour apprendre. Maria invente des cartes illustrées pour leur apprendre à reconnaître les mots et les chiffres, et les enfants se dirigent naturellement vers les jeux de cartes. Elle a aussi des dizaines de puzzles différents, et les enfants les prennent spontanément pour jouer. Elle remarque également que les enfants ont un profond besoin d’ordre et qu’ils ont besoin de sentir qu’ils contrôlent leur environnement. Ils aiment que les choses soient rangées à une place donnée ; ils aiment nettoyer ; ils aiment sortir les jouets et les remettre à leur place.

Elle est résolument contre les punitions et les récompenses, qu’elle juge inutiles. Si l’on donne un bonbon à l’enfant qui a bien agi, alors c’est le bonbon et non l’action qui aura de la valeur. Si vous punissez un enfant pour son mauvais résultat, alors il pourrait avoir peur d’essayer à nouveau, ou il pourrait associer l’apprentissage à la douleur ou à l’humiliation.

Quand ils apprennent quelque chose de nouveau, Maria remarque qu’ils deviennent plus confiants et plus fiers d’eux-mêmes. Leur patience l’émerveille : les enfants peuvent répéter la même tâche quarante fois ou plus jusqu’à faire la chose « correctement » à leurs yeux. En voyant combien les enfants respectent le matériel, Maria crée des étagères à leur niveau pour qu’ils puissent y avoir accès à loisir.

Elle finit par penser que l’apprentissage devrait être dirigé par les enfants et non par un professeur : les professeurs devraient observer quels jouets, jeux, idées ou sujets intéressent un élève afin de leur fournir le matériel le plus adapté et de répondre ainsi à ce qui les passionne le plus. Elle pense aussi que les enfants devraient pouvoir se déplacer dans la classe et hors de celle-ci en égale proportion, au lieu de n’avoir qu’une seule heure de récréation. Enfin, elle est résolument contre les punitions et les récompenses, qu’elle juge inutiles. Si l’on donne un bonbon à l’enfant qui a bien agi, alors c’est le bonbon et non l’action qui aura de la valeur. Si vous punissez un enfant pour son mauvais résultat, alors il pourrait avoir peur d’essayer à nouveau, ou il pourrait associer l’apprentissage à la douleur ou à l’humiliation.

À une époque où la règle et le martinet sont encore régulièrement utilisés dans les classes, les concepts de Maria sont vraiment révolutionnaires.

Mais nul ne peut contester l’immense succès de l’école. Maria Montessori a accueilli des enfants défavorisés dans cet environnement spécial et ils apprennent plus vite que leurs pairs mieux nantis. Les photos de ces enfants affairés à leurs jeux éducatifs, l’air sérieux mais passionné, sont presque trop belles pour être vraies. Alors les visiteurs se mettent à affluer. Et ils repartent bien souvent en pleurant. Mais oui ! Quand les professeurs voient les enfants de Maria Montessori si courtois, si autonomes à ce jeune âge, et si heureux avec leurs jouets éducatifs, ils ne peuvent s’empêcher d’éclater en sanglot. Et même par rapport aux normes actuelles, l’écriture des plus talentueux élèves de maternelle de Maria pourrait être comparée à celle d’un adulte, et même à celle d’un adulte expert en calligraphie. Le vocabulaire de ces enfants et leurs aptitudes dépassent de loin ceux des élèves des autres écoles.

Les gens viennent du monde entier observer les méthodes de la Casa dei Bambini, et une seconde école ouvre ses portes moins d’un an après. Plusieurs années plus tard, des dizaines d’écoles Montessori ont vu le jour en Italie, en Europe et aux États-Unis.

La guerre force Maria à abandonner sa patrie lorsque Mussolini déclare que pour que les écoles Montessori soient subventionnées en Italie, Maria et les autres professeurs doivent signer un document soutenant le fascisme. Il n’est pas surprenant que les professeurs aient tous refusé de signer ce document, parce que le fascisme est à l’opposé de tout ce que Maria a appris et enseigné. Maria récupère son fils adolescent et s’enfuit en Inde, où elle commence à écrire et à donner des conférences sur la paix. À trois reprises, elle est nominée pour le prix Nobel de la Paix pour son travail.

Aujourd’hui, on compte plus de 7000 écoles Montessori de par le monde, et vous pouvez sentir la présence de Maria dans chaque chaise et table adaptées à la taille des enfants, dans les étagères colorées à hauteur d’enfant, et dans les piles de briques, les cartes éducatives et autres outils pédagogiques. Son immense travail a permis de passer d’un environ éducatif similaire à une prison à un environnement orienté vers le confort et la compréhension des enfants.

Sources :
Dasbach, M. T. (le 26 décembre 2011). Maria Montessori, 1870-1952. Dans History 135. Vu le 16 août 2015, en anglais sur
novaonline.nvcc.edu/eli/evans/his135/evenst/montessori52/montessori52.html
Maria Montessori. (2015). The Biography.com. Vu le 16 août 2015, en anglais, sur
http://www.biography.com/people/maria-montessori-9412528.
Montessori, M. (1912). La méthode Montessori (en anglais). New York : Frederick A. Stokes Company. Vu le 16 août 2015, en anglais sur
http://digital.library.upenn.edu/women/montessori/method/method.html (Oeuvre originale publiée en 1909)

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