Neurologie Pourquoi nous pensons-nous immortels ?
- , le 17/02/2014.

Dans toutes les cultures sur notre planète, il y a cette croyance tenace que notre essence est immortelle ; quelque chose DOIT survivre au corps, lui, mortel. Quelle est cette essence qui perdurerait et pourquoi cherchons-nous absolument à ce que quelque chose nous survive ? Ce sont les questions que se sont posées des chercheurs et ils ont tenté de trouver une réponse en étudiant les idées des enfants à propos de ce qu'ils pensaient qu'ils étaient avant la conception. Ils ont réalisé cette recherche sur deux cultures de l'Équateur.

Les conclusions de recherche suggèrent que notre inclinaison à nous croire immortels provient de notre intuition humaine qui émerge naturellement au début de la vie ; de nos désirs, émotions et espoirs. Nous ne pensons pas l'immortalité en réalité ; nous la ressentons. Cette étude vient encore donner des informations sur les racines cognitives de la religion. La grosse question qui revient tout le temps est de savoir si ce désir de religion dérive de la manière dont notre cerveau est construit.


« Ce n'est pas que j'ai peur de mourir. Je ne veux seulement pas être là quand ça arrive »

Donc, les recherches semblent montrer que nous croyons que certains besoins du corps cessent après la mort. Il semble évident pour pas mal de monde que nous n'aurons plus faim ni soif, mais nous imaginons avoir des capacités mentales et des émotions (à peu près les mêmes). Est-ce que cette idée est issue de la culture ou est intuitive ?

C'est pour cela que l'on s'est focalisée non pas sur l’« après-vie », mais sur l’« avant-vie » auprès d'enfants d'une culture dont on sait qu'elle n'a aucun point de vue sur cette question et d'une autre fortement teintée de catholicisme (qui postule que la vie n'existe pas avant la conception). On a trouvé des réponses très similaires des deux groupes lorsqu'on montrait un dessin d'un bébé, d'une femme et d'une femme enceinte. Pour les enfants, avant la naissance, ils n'étaient pas capables de « penser » ni de se souvenir, mais d'avoir des émotions et des désirs. Ils ne pouvaient pas voir sans yeux, mais pouvaient se sentir heureux de bientôt découvrir leur mère...

Tous les enfants, même ceux qui connaissaient la base du processus reproductif, sentaient qu'ils avaient une forme éternelle (avant naissance). Cette forme éternelle était entièrement concentrée sur les émotions et les désirs.

Pourquoi cette pensée a priori universelle ? On peut se demander si cela n'a pas évolué avec notre très forte pensée orientée « social ». En particulier, on sait à quel point les humains cherchent un sens et des relations là où souvent il n'y a que du hasard pur et dur. C'est un biais cognitif très bien cerné dernièrement par les chercheurs en psychologie. Cette recherche de sens, d'histoire, est quasiment une drogue qui ravit tant les enfants pour se coucher que les « grands » au théâtre ou au cinéma. Rien ne serait plus décevant à la fin d'un film policier d'apprendre que le meurtrier en série commettait ses crimes complètement à l'aveuglette...

On pense donc facilement qu'il y a un « plan » dirigé par une main puissante dans l'univers. Même si cela était le cas, il nous serait très difficile d'admettre de toute manière qu'il n'y aurait rien d'autre qu'un pur hasard... Alors, on cherche quel sens cette main divine a donné au monde.

Il en va probablement de même du concept d'âme : pour que la vie ait un sens pour nous, quelque chose doit survivre au corps.

Références: Natalie A. Emmons, Deborah Kelemen. The Development of Children's Prelife Reasoning: Evidence From Two Cultures. Child Development, 2014; DOI: 10.1111/cdev.12220


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