Souhaitez-vous participer à la création d'un jeu vidéo inspiré de Stardew Valley, ou le tester lorsque la version bêta sera disponible ? Remplissez notre sondage ou inscrivez-vous à notre lettre d'information (en bas de page)
1

le temps

le  3 janvier à 11:32 #
Salut,

Voici un papier que j'ai pondu sur le temps. Un peu long, sorry. Je me réjouis de vos commentaires,
a+
Icton



Le temps

...pas celui qu'il fait. L'autre, celui qui ne passe pas. Une précision en passant: l'expression le "temps qui passe" est une ineptie. Le temps ne passe pas. Il ne nous quitte jamais; sans doute la seule chose, à part peut être certains chagrins d'amour.
Frédéric Leclerc
décembre 2017

"Super! J'ai beaucoup aimé, autant les idées que les déscriptions pleines d'ironie"
Carlo Rovelli

Table des matières:
⁃ Avant-propos
⁃ Introduction
⁃ I: Les éléments de la temporalité
⁃ II: Le moteur de la temporalité
⁃ III: Ludvig Boltzmann
⁃ IV: Les observateurs
⁃ V: Les explorateurs
⁃ Conclusion
⁃ Epilogue
⁃ Annexe: Article de Connes/Rovelli sur le moteur du temps

Avant-propos

J'ai traversé un pont d'Einstein-Rosen et je l'ai vue, quelques secondes seulement, puis je suis revenu, un peu étourdi (elle est si belle!). J'ai repris mes esprits et me suis installé à ma table. J'ai laissé de côté mes souvenirs pour faire le point. Qu'est-ce que le temps? Ma vie? La sienne? Ces courtes secondes de rencontre au delà du pont?
Ce papier, c'est juste pour mettre un peu d'ordre dans mes interrogations, aucune autre ambition. Naturellement si, ami lecteur, tu décidais de te pencher plus avant sur cette question, je serais heureux et je te souhaiterais bon voyage. Le cas échéant, ce sera sportif, tu verras! Tiens-moi au courant!

Introduction

Avec la formulation de la relativité restreinte LE temps a disparu. Il reste LES temps, les temps propres, le tien, le mien, celui de la graine enfouie dans le sol qui devient un grand arbre, celui de l'enfant devenu vieillard, celui de la chenille devenue papillon, tous désynchronisés, décorrelés les uns des autres, mais tous irréversibles et bercés par la fréquence, l'intervalle entre leur "tic" et leur "tac". Ils partagent tous un sens de la marche qui ne s'inverse jamais, c'est le sens de l'univers, le sens du changement, de la transformation, de l'accomplissement et de l'échec, le sens qui livre sans cesse son lot de souvenirs, de fiertés, de regrets, de remords, d'espoirs, d'anxiété.
Ces temps ont en outre en commun qu’ils sont sous l'emprise de la vitesse de la lumière et sous celle de la gravité. C'est avec l'établissement de la constante de la vitesse de la lumière que la temporalité a perdu son universalité et, avec elle, a disparue également la simultanéité. L'universalité du temps en a pris un deuxième coup avec la définition de la gravité comme courbure de l'espace-temps sous le poids des objets qu'il héberge: Ta temporalité, cher lecteur, se sépare de celle de ton voisin si tu pars à la montagne et le laisses à la mer. Ce décalage s'amplifie sous l'influence de ta vitesse de déplacement: Tu t'éloignes du centre de gravité terrestre à une certaine vitesse en laissant ton voisin immobile et, ce faisant, tu désynchronises ton horloge de la sienne.
Bien! Ceci est acquis depuis plus de 100 ans, mais qu'en est-il des éléments de la temporalité, ce qu'on appelle futur, présent, passé? Et quel est son moteur, ce moteur qu'on ne peut arrêter? Cette sorte de machine perpétuelle? Quelle est donc cette dimension particulière dans laquelle on ne peut se mouvoir? On peut voyager dans le futur d'un autre, en théorie seulement naturellement, réf: la fameuse histoire des jumeaux de Langevin, mais pas dans le sien. On ne peut voyager dans le passé, dans celui d'un autre pas plus que dans le sien.

I: D'abord, les éléments de la temporalité:

Le futur est bien réel. C'est ce dont on ne se souvient pas, celui de la chenille qui deviendra papillon, celui des causes qui deviendront des effets. Il est réel, il est bien là (écrit ou non) enfin tout au moins pour nous autres, les systèmes macroscopiques organisés.
Le passé: Bien réel lui aussi pour nous, mais peut être n'est-il pas fixe. Peut être "bouge"-t-il encore, si l'on en croit Alain Connes qui nous parle des expériences de choix retardé de John Wheeler confirmées par Alain Aspect. Mais ce ne peut être vrai que pour les particules élémentaires, pas pour les systèmes organisés. Si c'était le cas, le sacro-saint principe de causalité en prendrait un vilain coup!
Le présent lui au niveau macroscopique n'existe pas: La temporalité a pour effet de continuellement transformer du futur en passé sans jamais s'arrêter par la case Présent! Pour nous, dans notre vécu, la temporalité n'a pas de caractère discret. L'intervalle "Tic-tac" est divisible à l'infini. Si théoriquement il devait ne pas l'être, le plus petit "morceau" de temps serait de l'"épaisseur" du mur de Planck. Exprimé en intervalle temporel il serait de 10 puissance -43 secondes, mais ce serait un intervalle théorique, purement mathématique, puisqu'en son sein la temporalité ne s'écoulerait pas, une sorte de temps 0 non égal à 0!
Il s'agit là d'un niveau régi par la mécanique quantique et nous savons que c'est le lieu de la réversibilité des phénomènes où la temporalité munie de sa flèche n'a pas cours. Le mur de Planck c'est le lieu du temps dit imaginaire qui ne s'écoule pas. Ce "grain de présent" n'est donc pas un élément de la temporalité qui nous baigne. Il est étranger à notre expérience et à notre observation. On ne vit jamais dans un présent que nous pourrions ressentir. On ne vit qu'en se projetant dans le futur, avec des pauses dans le souvenir du passé.
Bien! Alors si en tout cas les éléments Futurs et Passés sont, eux, bien réels pour nous, les systèmes macroscopiques, la temporalité et sa flèche irréversible est-elle une réalité fondamentale? Pas sûr! Probablement pas, car inexistante au niveau des constituants élémentaires de la nature au sein desquels symétrie et réversibilité sont la loi. Mais c'est une longue histoire et une question ouverte. Je parlerai de l'avis de Lee Smolin qui réintroduit l'idée d'un temps fondamental universel.

II: En suite, le moteur de la temporalité

L'équation de Wheeler/De Witt est le socle d'une théorie importante en physique fondamentale (même si encore spéculative) : la gravité quantique à boucles, la grande rivale de la théorie des cordes (celle-ci est aux soins intensifs, à mon avis. Il faudrait tirer la prise. Je pense qu'elle a fait son "temps". J'y reviendrai). Dans cette équation le facteur temps a disparu complètement. Le petit "t" a déserté! Plus besoin de lui pour décrire les fondements de la nature, les acteurs du réel, leur comportement et leur évolution. Tout n'est que relation: ta vie en relation avec la mienne, avec celle des arbres, des ensembles de particules élémentaires, des galaxies, etc...
En gravitation quantique à boucles l'univers est un tissu de relations, un réseau de spin, devenu mousse de spin dans la version covariante de la théorie. L'équation de Wheeler-De Witt fut reformulée par Lee Smolin et Ted Jacobson et sert de fondement à la théorie, couplée avec la réécriture des équations de la relativité générale en formalisme quantique par Abhay Ashtekar. Carlo Rovelli est le grand ambassadeur et cofondateur de la gravitation quantique à boucles. Il rencontra Alain Connes (médaille Fields) et co-signa avec lui l'article qui, à mes yeux, est le plus profond sur la question du moteur de la temporalité. Elle y est décrite comme émérgante au niveau macroscopique par le relai de la thermodynamique (en annexe).
J'y reviendrai bien sûr et je parlerai du formalisme mathématique développé par Connes, la géométrie non-commutative, une autre approche de gravité quantique, mais peut être pas rivale de la gravitation quantique à boucles! Mon intuition me porte à espérer un rapprochement. Après tout Rovelli et Connes se sont bien accordés sur l'article en question.
Et puis Je parlerai de Sir Roger Penrose pour qui le rôle de moteur de la temporalité doit être attribué au champs de Higgs.

Bon, stop! Récapitulons:

1. LE temps (au singulier) a disparu avec Einstein. On ne doit parler que de temporalité.
2. La temporalité doit se défaire d'un de ses trois éléments couramment évoqués, le Présent, puisque non-existant dans notre monde macroscopique.
3. La temporalité a perdu son statut primaire:
L'équation de Wheeler/De Witt se passe de "t" pour décrire les fondements du réel et le papier de Connes/Rovelli la fait émerger au niveau macroscopique du milieu microscopique où elle est inopérante.
Pour Penrose elle apparaît avec la masse des particules.

III: Ludvig Boltzmann

Tous les physiciens (enfin J'imagine!) s'accordent pour ne pas remettre en question la deuxième loi de la thermodynamique de Bolzmann qui nous dit que l'entropie (la quantité de désordre) ne va que croissant dans un environnement isolé (c'est le cas de l'univers), enfin presque: Il est infiniment peu probable que l'on assiste à la reconstitution dans sa forme originale d'un verre brisé suite à sa chute. La probabilité d'un tel événement est quasiment nulle. Le verre brisé est en "désordre" par rapport au verre intact. Il est en état de plus grande entropie. Nous y sommes: Nous voyons là s'établir un cours irréversible de la temporalité allant de l'ordre au désordre. Le voilà le moteur de la temporalité que nous cherchions. C'est l'entropie qui va croissant. Mais pourquoi en est-il ainsi? Comment s'enclenche ce moteur? Voici, en résumé, les points de vue des explorateurs de cette question que j'ai croisés dans mes lectures:

⁃ Connes/Rovelli: Il est encré dans la non-commutativité qui régit les opérateurs dans un espace de Hilbert (J'y reviendrai en traduisant, n'aie crainte cher lecteur!) et ceci dans un bain thermique. Pas de chaleur, pas de temps!
⁃ Penrose: Le coupable est le boson Higgs (J'y reviendrai bien sûr). Pas de masse, pas de temps!
⁃ Carroll: Il s'enclenche au Big Bang (Je parlerai de ses "états d'âme" à ce sujet, partagés par une bonne majorité de ses collègues américains). Pas de Big Bang, pas de temps!
⁃ Barbour: Le flot temporel continu émerge de la gravité.

IV: Les observyateurs

Dans ce chapitre, je te présente Etienne Klein et Marc Lachièze-Rey, deux physiciens qui parlent de ce sujet avec brio. Ce sont des experts mais ils ne tranchent pas sur la question du moteur de la temporalité. Je l'aborderai au chapitre suivant où je parlerai en particulier d'Alain Connes, de Carlo Rovelli et de Sir Roger Penrose, les finalistes de mon concours des plus téméraires sur ce terrain. Le titre du gagnant devra être défendu! Nous sommes dans le domaine des sciences dites dures qui ont pour particularité d'être exactes et dont les théories sont fausses par nature, ou plutôt et sur un ton moins provocateur, provisoirement vraies mais incomplètes et condamnées inéluctablement à être au mieux ajustées ou fusionnées, au pire remplacées. Il ne saurait en être autrement puisque leur objet est la recherche de la connaissance des fondements du réel et parce que cette quête conduit au plus près d'un lieu à jamais inaccessible par la physique où se cache la réponse à la question, "pourquoi y-a-t'il quelque chose plutôt que rien?"; au plus près mais pas plus loin! La réponse à cette ultime question n'implique pas de prise de risque et, pour cette raison, elle ne m'intéresse pas. Si quelqu'un te dit que la transcendance est réelle ou au contraire qu'elle ne l'est pas, il ne prend aucun risque de voir son afirmation mise en défaut.
Laissons donc cela aux philosophes et autres métaphysiciens. Leur réflexion sont évidemment source de progrès dans le cheminement de la pensée et d'inspiration pour les découvreurs, mais ce papier les ignore pour se concentrer sur les preneurs de risque, les physiciens, qui ont l'humilité de dire qu'ils peuvent se tromper et ont le "courage" de prendre le risque de voir leur conclusion/jugement condamné par les observations ou les expériences. J'ai sans doute tort de mettre le mot courage entre guillemets quand je pense à des gens comme Léonard Suskind (théorie des cordes) ou Allan Gut (théorie de l'inflation) qui doivent craindre (j'imagine, et le cas échéant sans doute à juste titre!) l'éventualité de devoir reconnaître la vanité de leur travaux des dernières décennies sur les cordes et l'inflation.
Voici donc mes observateurs favoris de la temporalité:

Etienne Klein

Formidable conférencier! Il possède une grande maîtrise et fait preuve d'une rigueur sans faille dans l'expression, et en plus il est très marrant! Klein c'est le champion des anagrammes. Très important les anagrammes dans le sujet qui nous occupe! J'y reviendrai avec Connes. Klein fait une mise au point essentielle sur les écarts de langage usuels lorsqu'on fait quotidiennement référence à la temporalité. Exemple: "Je n'ai pas le temps de faire ceci" traduction: "Je choisi d'occuper mon temps à faire autre chose" Autre exemple: "la temporalité est une rivière qui s'écoule de manière ininterrompue." Correction: La temporalité ce n'est pas la rivière, c'est son lit. La temporalité ne s'écoule pas; elle fait que les choses s'écoulent! La fonction de la temporalité, dit-il, est justement "de ne jamais passer pour être en mesure de remplir continuellement sa tâche qui est de renouveler sans cesse l'instant présent". Je m'autorise sur ce point de le corriger: Le présent n'existant pas pour nous (voir plus haut) la "fonction" de la temporalité, de fait, est de transformer sans cesse du futur en passé. Je dis cela en reprenant sa terminologie, mais Je mets le terme fonction entre guillemets car, en réalité, la temporalité ne doit pas être vue comme une fonction ayant un but, une sorte de force produisant un effet. Le terme temporalité ne désigne qu'un état de transformation, de changement, irréversible d'un système. Elle n'en est pas la cause. C'est le contraire: Il n'y a temporalité que parce qu’il y a des processus à caractère temporel.
Son "credo" sur la question de la flèche temporelle irréversible c'est la découverte de l'antimatière. Il explique que Dirac l'ayant prédite et introduite dans son équation préserve le principe de causalité mis en péril dans un premier "temps" par la théorie quantique des champs suggérant initialement que des particules pouvaient disparaître avant d'être apparues. Il ne s'agissait de fait, nous dit Klein, que d'antiparticules suivant la flèche privilégiée de la temporalité. Le principe de causalité, un instant rudoyé, sauvegarde ainsi son statut fondamental irrévocable par l'introduction de l'antimatière dont la réalité fut ultérieurement découverte. Je dois préciser que ce raisonnement réspecte la prétendue non-violabilité de la dite invariance CPT ou invariance de Lorentz, mais également te dire que je me range du côté de Connes qui stipule, au contraire, que cette invariance doit être violée pour faire apparaître la temporalité (voir chapitre V). Ne m'en veux pas, cher lecteur, mais je ne peux expliquer ici ce qu'est l'invariance CPT/de Lorentz. Ce serait trop long. Si besoin tu trouveras ce qu'il faut sur la toile. Je dirais seulement ceci: Pardonne moi Etienne, mais il me semble que le prinicipe de causalité n'a pas à être invoqué au niveau microscopique quantique où prévalent symétrie et réversibilité des phénomènes.
Sur le moteur de la temporalité il ne donne pas d'avis. Certes, il mentionne bien la gravitation quantique à boucles qui la fait émerger d'un substrat où elle est absente. Il reconnait là une démarche lui accordant une origine ontologique mais constate que les "bouclistes" demeurent encore aujourd'hui en grande minorité sur les "cordistes". Il exprime ainsi une réserve sur le potentiel de la démarche des premiers au motif qu'ils sont peu nombreux par rapport à leurs concurrents. En cela je ne le suis pas car il attribue une autorité à un phénomène purement sociologique qu'il ne mérite pas. Einstein, Poincaré, Minkowski et autres Boltzmann étaient seuls eux aussi, et pourtant! Nous verrons ce qu'il en est, mais à mes yeux le fait que les cordistes demeurent à cette heure plus répendus que les bouclistes ne leur donne pas de crédibilité particulière. Je crois au contraire que la théorie des cordes est en voie de disparition, c'est une question de temps (pour le coup!). J'aborderai les égarements de celle-ci en bonne compagnie, celle de Smolin, Rovelli, Connes. Comme le dit Smolin, si il n'y avait rien d'autre sur la table que la théorie des cordes il faudrait se résoudre à persévérer dans cette voie en tentant de corriger le tir là où c'est nécessaire, mais ce n'est pas le cas: Il y d'autres théories concurrentes qui méritent notre attention. Smolin rejoint en cela la position de Penrose qui dénonce les méfaits de la "mode" dans ce domaine (Le chapitre "Fashion" dans son livre "Fashion, Faith and Fantasy". A lire absolument!). La mode ça pollue la recherche!
Sur Klein, je veux pour finir mentionner sa démonstration de la vanité d'espérer cerner ce que serait une origine de l'univers en physique: par définition celle-ci ne peut pas être immanente. L'origine d'un événement c'est la fin d'une histoire, la fin de celle de ce qui l'engendre. Elle lui est donc extérieure (j'aimerais dire antérieure, mais Klein me taperait sur les doigts!). On ne peut prétendre expliquer en physique ce qui serait hors de l'univers, qui lui serait transcendant. Les philosophes, les religieux, les métaphysiciens peuvent se prononcer, mais ce n'est pas le rôle des physiciens de le faire. Ces derniers ne peuvent traiter que de l'immanent. Le Big bang lui peut être exploré bien sûr par la physique. Klein souligne à ce sujet que les principales théories à l'ébauche (cordes et boucles) remplacent le Big bang par un Big bounce, un grand rebond. Chez les cordistes on imagine une phase de contraction en amont se heurtant à une chaleur maximale, chez les bouclistes, à une densité maximale. Ces grandeurs maximales ne pouvant être dépassées, l'univers rebondit pour amorcer la phase d'expansion que nous lui connaissons. Chez Penrose et chez Turok c'est une transition de phase. Chez Carroll également sous une autre forme. J'y reviens plus loin.
Je quitte Etienne Klein ici et je parle maintenant de

Marc Lachièze-Rey

Lui aussi un grand observateur de la temporalité. Mais lui aussi ne se prononce pas sur le mécanisme qui pourrait enclencher son moteur, même si il cite certaines prises de position de ses collègues. Il a écrit des ouvrages sur la question dont bien sûr je te recommande la lecture. C'est un des grands spécialistes de la relativité. Il dépouille méthodiquement la temporalité de tous ses anciens attributs pré Einsteiniens.
Il aborde également la question du voyage dans la temporalité et, bien sûr, plus particulièrement dans le passé, terrain de tous les paradoxes et infractions possibles au principe de causalité. Il conclu que le voyage dans le passé, s'il peut être théoriquement envisagé par l'exploitation hypothétique d'une courbure intense de l'espace-temps, là où elle atteint son paroxysme au cœur des trous noirs, il ne saurait être envisagé par les systèmes complexes que nous sommes car nos lignes d'univers (comme ils les appellent), disons nos lignes de vie, subiraient en chemin une dislocation mortelle. Il faudrait en effet pour que cela fonctionne que toutes les lignes d'univers de tous les sous systèmes et éléments qui nous constituent s'accordent pour garder leur cohésion dans ce voyage extraordinaire. Il l'exclu donc pour les systèmes complexes mais pas forcement pour les briques fondamentales, pour les particules élémentaires. Je pense pour ma part qu’il faut l'exclure complètement et globalement: Le monde des particules élémentaires n'est en effet pas soumis à la temporalité que nous vivons. La question de voyage dans la temporalité est pour elles hors sujet! Leur "temporalité" c'est le temps générique de Newton, celui aussi de la mécanique quantique au sein duquel on ne se transforme pas irréversiblement. Leur temporalité ce n'est pas la nôtre, celle des étoiles, des galaxies, de l'univers. Ce n'est pas cette temporalité d'origine thermique issue de la deuxième loi de la thermodynamique qui abrite les causes produisant des effets, cette temporalité propre à chaque système en évolution dans le monde macroscopique (et oui Etienne, c'est dans ce dernier que reigne la causalité, pas dans celui des particules élémentaires!).

V: Les explorateurs

Entrons à présent dans le dur pour accompagner dans leur réflexion ceux qui tentent de trouver une explication au moteur de la temporalité. C'est un voyage dangereux pour l'aventurier non-averti que je suis. Je pars sans baguage mathématique! Je sais, c'est de la folie, mais je t'invite quand même à me suivre. Je ferai très attention, c'est promis. Allez, c'est parti!

Alain Connes - Carlo Rovelli

Extraordinaire, rigolo, poète (J'en suis sûr), Connes est un romantique sans doute, un artiste surement. Le plus grand mathématicien français contemporain dit-on. Regarde-le sur YouTube! Il oublie parfois de rentrer sa chemise dans son pantalon. Il double souvent ses phrases peut-être pour assurer de marquer le coup, de planter le jalon ou pour se relancer dans le discours. Il escamote le raisonnement parfois et prend des raccourcis, mais bon... Evidemment, comment pourrait-il en être autrement?, il demeure d'une précision scalpellaire dans les démonstrations. Peu enclin aux tergiversations, ses réponses aux questions sont parfois sèches et trop succinctes, sous entendu: c'est comme ça. Si vous en doutez, parcourez le chemin que j'ai parcouru et on en reparlera! Attention! Rien de péjoratif dans ce que je dis. Connes a l'air très sympa et je suis un fan comme de toutes les personnalités dont je parle ici. Je l'ai découvert par Carlo Rovelli, si mes souvenirs sont bons. Rovelli c'est un physicien virtuose de l'expérience de pensée, très sympa lui aussi (ils le sont tous surement!) mais pour moi d'une modestie exagérée et trop accommodant dans ses réponses aux questions du public. Il parle l'italien sans rouler les "r" comme certains italiens et me rappelle ainsi Paolo, un vieil ami perdu de mon adolescence, un poète et un être humain d'une élégance peu courante lui aussi. Rovelli c'est un navigateur à la voile, dans ses pensées comme dans ses loisirs. Il part au large avec l'humilité que l'on doit avoir devant l'océan mais sans le craindre. Il ne navigue pas en solitaire mais il ne fait pas d'escale et si je devais parier sur une théorie gagnante, tu le sais maintenant, ce serait sur "sa" gravitation quantique à boucles à égalité peut-être avec la Cosmologie Cyclique Conforme de Penrose.
Connes et Rovelli ont fait connaissance lors d'une conférence sur les avancées en gravité quantique. Connes s'y est rendu pour le fun sans trop en attendre. Rovelli y faisait une présentation intitulée "nous savons ce qu'est l'espace-temps". Devant l'arrogance de ce titre, Connes se muni de son "calibre" prêt à faire feu. Après la conférence il prit un verre avec Rovelli et le retrouva pour le dîner. Voici l'histoire de cette rencontre: Dans leur conversation ils abordèrent la question du temps et Connes exposa à Rovelli ses découvertes en géométrie non commutative. Rovelli, soudain, s'en alla sans explication, ce qui fit craindre à Connes qu'il avait commis un impair. Rovelli revint quelques minutes plus tard avec deux papiers qu'ils avaient écrits (mais non publiés) sur la question du temps et les montra à Connes. Celui-ci fut frappé de plein fouet: Les papiers de Rovelli montraient une convergence totale avec ses travaux. Leur conclusion était la même. Par un raisonnement que Connes qualifie de "purement philosophique" même s'il était mis en équations, Rovelli concluait à l'émergence de la temporalité par le même phénomène que celui découvert ou imaginé (soyons prudent!) par Connes. Il avait, par pure intuition, aux dires de Connes, entrepris dans une analyse, qu'il qualifie de semi classique de l'état KMS (réf: équation de Kubo-Martin-Schwinger), de dénicher le mécanisme de création de la temporalité, comme Connes l'avait fait lui-même au cours d'un long périple au cœur des algèbres de Von Neumann. Il semble que depuis ce jour Connes porte à Rovelli une admiration sans bornes. Une nouvelle amitié est née de cette admiration et ils choisirent de co-signer et de publier un papier sur le moteur de la temporalité qui intègre naturellement les conclusions de Rovelli, mais j'y vois surtout le scalpel aiguisé de Connes (en annexe). En voici les grandes lignes; enfin, c'est présomptueux de ma part de dire ça; disons plutôt: en voici les lignes qui me parlent:
Les anagrammes! Tu te souviens? J'en ai parlé à propos de Klein et j'ai dit que j'y reviendrai avec Connes. Les anagrammes c'est cette manière de permuter les lettres d'une proposition pour en révéler un autre sens, ou peut-être pour en révéler le sens fondamental sous-jacent. Exemple donné par Connes (débusqué par Etienne Klein et Jacques Perry-Salkow): "L'horloge des anges ici bas", l'anagramme du "boson scalaire de Higgs" (Nous verrons plus loin que Penrose attribue au champ de Higgs le rôle de créateur de la temporalité et je m'assurerai de te rappeler cet anagramme lorsque je parlerai de lui). Dans le discours on prend soin de l'ordre des lettres. La géométrie non commutative fait pareil. Dans le monde quantique, celui qui gouverne le tissu fondamental du réel, au sein de l'espace dit "de Hilbert" les "opérateurs", ses acteurs si tu veux, ne commutent pas: Heisenberg, nous dit Connes, a montré dans son principe d'indétermination qu'on ne peut observer simultanément le moment (vitesse/masse) et la localisation des particules élémentaires précisément parce que ces opérateurs ne commutent pas.
Cette non commutativité des opérateurs est à l'origine de la flèche de la temporalité qui se manifeste alors que le système observé est plongé dans un bain thermique. Je trouve ça très intuitif et suis donc séduit par la démarche. Toi aussi sûrement, non? Il y a peut être là la clef du problème dit de la réduction du paquet d'ondes en mécanique quantique. C'est un problème ouvert à cette heure: Lorsqu'on observe un système, la superposition quantique - la dualité onde-particule - "s'écroule" pour révéler la nature classique du système où un chemin déterminé et une position précise de la particule sont observés. Ne pourrait-il y avoir dans son formalisme faisant émerger la temporalité un lien, ou même plus, avec la constatation de la réduction du paquet d'ondes à la démarche macroscopique de l'observation du système? Tu vas peut-être comprendre mon interrogation sur cette question après avoir pris connaissance du papier de Connes/Rovelli sur le moteur de la temporalité:
Les opérateurs donc dans un espace de Hilbert, la toile de fond de l'évolution des acteurs du milieu quantique, ne commutent pas. Partant de ce constat, l'approche de Connes/Rovelli est basée sur une propriété structurelle clef des algèbres de Von Neumann. Elle considère l'ensemble des questions issues de la relation entre la notion de temporalité, la théorie de la gravitation, la non commutativité inhérente au principe d'Heisenberg en mécanique quantique et la thermodynamique. En particulier elle met en relation "l'absence de temps" dans la théorie générale covariante quantique des champs avec "l'évidence" de la temporalité au sein du réel macroscopique.
L'idée est que l'on peut étendre la notion de temporalité (de "flux temporel") aux théories générales covariantes, mais que ce "flux temporel" dépend de l'état thermique du système. Plus précisément, l'article établit que la notion de flux temporel s'étend naturellement aux théories générales covariantes aux conditions que:

1. L'on interprète le flux temporel comme un groupe de paramètres d'ordre 1 des automorphismes des observables dans les algèbres de Von Neumann, comme nous l'apprend le théorème de Tomita-Tagesaki sur l'état KMS (équation de Kubo/Martin/Schwinger).
2. L'on relie les propriétés temporelles du flux à des causes thermodynamiques.
3. L'on considère que dans un contexte général covariant la notion de temps n'est pas indépendante de l'état du système comme en physique non- relativiste, mais au contraire, dépend de l'état dans lequel le système se trouve (Souviens toi! Ce sont les phénomènes temporels qui créent la temporalité et non l'inverse).

Deux remarques:

⁃ Dans ce cadre il est considéré qu'il y a brisure spontanée de symétrie par violation de l'invariance de Lorentz (position de Connes mentionnée aux lignes consacrées à Klein). C'est le bain thermique qui en est résponsable et qui, ce faisant, fait apparaître la temporalité. C'est cavalier, audacieux, et çà me plait bien. La question de la violabilité ou non de l'invariance de Lorentz est en effet contreversée au sein de la physique théorique.

⁃ J'ai relu attentivement le livre de Connes "le Théâtre quantique" et bingo!!! j'ai trouvé la réponse à mon intérrogation sur sa position concernant le problème de la réduction du paquet d'ondes: Il adopte le principe dit de Décohérence qui "démontre mathématiquement que l'interaction d'un système quantique avec un système macroscopique provoque par déphasage la disparition des états quantiques supérposés et rend compte de l'apparence classique de ceux-ci interagissant avec l'environement." Çà colle bien avec mon intuition mentionnée plus haut (bravo moi!), mais çà reste une question débattue et il y a, à ce jour, deux autres intérpretations en lice (voir plus loin la section consacrée à Penrose et ses réserves sur cette question ouverte en mécanique quantique).

Bon stop! Traduisons avec l'aide de Rovelli (réf: ses ouvrages): Nous baignons dans la temporalité parce que nous sommes déconnectés du monde fondamental qui nous constitue et dans lequel la temporalité n'a pas court. C'est la nature probabiliste de la thermodynamique qui est à l'œuvre et qui nous prive de la globalité de l'information sur les états et comportements du milieu fondamental sous-jacent. Si nous connaissions la pleinitude de ce dernier et pouvions appréhender la totalité des comportements des particules élémentaires dont nous sommes constitués et qui nous entourent, la temporalité n'apparaîtrait pas. Nous verrions s'agiter plus ou moins frénétiquement ces particules, nos voisines d'environnement, et nous pourrions témoigner de la globalité de leurs agissements, mais nous ne ressentirions pas le chaud ou le froid, ne verrions pas de couleur, ne tomberions pas amoureux etc... Nous ne vieillirions pas. La temporalité ne serait pas à l'œuvre.
Et Rovelli de dire: "La temporalité est le produit de notre ignorance."

Voici que les math sont devenues plus qu'un langage qu'on invente pour parler du réel en évitant de se prendre les pieds dans le tapis, plus même qu'une loi de la nature qu'on découvre par passion à l'aide de nuits blanches, de multiples tasses de café et de migraines (nb: l'avis de Penrose), elles acquièrent ici le statut de productrices de réalité physique: Les statistiques créent le réel! Nous vieillissons par le dictate des probabilités et parce qu'autant le domaine quantique que la thermodynamique sont d'essence stocastique. La géométrie nous apparaît d'abord euclidienne (celle qu'on apprend à l'école), puis riemannienne en intégrant la courbure de l'éspace et lorentzienne en considérant la temporalité, et enfin non-commutative, dynamique et génératrice de cette dernière.
Et Connes de dire: "Nous avons pour habitude d'attribuer toutes notions de variabilité à la temporalité. C'est la conséquence d'une selection naturelle dans notre ésprit pour agir de manière pratique dans le monde extérieur. Mais c'est faire injustice à la réalité fondamentale. C'est le contraire qui est à l'oeuvre: C'est la variabilité d'origine quantique qui engendre la temporalité lorsque le système est dans un état thermique."

Je t'ai prévenu, cher lecteur. C'est sportif, mais splendide, avoue-le!

Sir Roger Penrose

Le fantastique Roger Penrose et ses innombrables transparents chargés de dessins improbables et brouillons, sa sirène, le regard projeté sur le monde classique et le corps à moitié immergé dans le chaos du monde quantique! Ce dernier pour lui, et peut-être malheureusement pour lui seul, n'est pas achevé. Il en reconnait naturellement les innombrables mérites mais il reste des problèmes non résolus et il faut revoir les copies: Il y a le problème non résolu de la réduction du paquet d'ondes mentionné plus haut. A ses yeux, aucune des trois interprétations ne convient (école de Copenhague ou Mondes Multiples de Everett ou principe de Décohérence). Je rêve d'un débat entre Connes et lui sur ce sujet, mais qui n'arrivera pas. Il y aussi le problème de l'apparition des divergences (des infinis) en théorie quantique des champs (d'ailleurs qualifiée "d'hypothétique" dans le papier de Connes/Rovelli!) et enfin celui de l'Unitarité qui interdirait la perte de l'information dans les trous noirs. Penrose est convaincu que l'information est perdue et critique le revirement de son collègue Hawking sur cette question. Je signale à ce propos que la gravitation quantique à boucles fait réapparaître l'information dans son postulat sur les "fontaines blanches" surgissant des hypothétiques étoiles de Planck, ou des tout aussi hypothétiques trous noirs primordiaux. J'en parlerai peut-être une autre fois.
Pour lui la temporalité nait dans le champ de Higgs: Il met en relation la relativité restreinte établissant l'égalité entre masse et énergie et l'équation de Planck établissant celle entre énergie et fréquence (NB: la fréquence est l'une des deux marques de fabrique de la temporalité à côté de sa flèche. C'est la fréquence qui berce la valse des "tic, tac"). Il en conclut: Masse = Temporalité!
La masse des particules apparaissant dans le champ de Higgs, c'est ce dernier qui fait démarrer la temporalité. NB: Nous sommes là aux abords du mûr de Planck. Disons que pour Penrose le "grain de présent" du temps dit imaginaire (dont j'ai parlé.Tu te souviens?) est un peu plus "épais". Je te rappelle l'anagramme du champs scalaire de Higgs:

"L'horloge des anges ici bas."

Etonnant, non? C'est superbe de simplicité à coté la démonstration sophistiquée du papier de Connes/Rovelli. Mais ne nous trompons pas: ce ne peut pas être simpliste. Penrose est un très grand mathématicien lui aussi et pas du genre à parler à la légère et à s'en laisser compter. Il est remarquable dans la démonstration de sa Cosmologie Cyclique Conforme basée sur les propriétés du tenseur de courbure de Weyl. Elle est, à n'en pas douter, bien ancrée dans un solide formalisme mathématique. En résumé la voici: L'univers en expansion accélérée se dirige vers un état d'ennui total. Les trous noirs se seront formés partout par effondrements stellaires. Ils seront entrés en coalescence avalant toute l'entropie accumulée en leur sein avant de s'évaporer sous l'effet Hawking. Il ne restera que des photons. Mais les photons ne s'ennuient pas! Rappelons qu'ils vivent hors de la temporalité. Ils n’ont aucune idée non plus des volumes et des dimensions! Dans ces conditions il peut se produire ce qu'il appelle un "ré-échelonnage conforme" dans un état renouvelé d'entropie minimum permettant le démarrage d'un nouveau cycle expansionniste de l'univers. Pas besoin d'en passer par une phase de contraction précédant la(les) phase(s) d'expansion(s) comme l'envisage les théories rivales qui suggèrent un(des) rebond(s). Pas besoin non plus de gravité quantique pour expliquer le processus.
Que dire de plus sur le génial Penrose? Sur la question de la temporalité c'est tout, mais je ne peux résister à mentionner le grand coup de pied qu'il met dans la fourmilière de la "mode" et de la "foi" qui encombre le monde de la cosmologie:

1. La mode: La théorie des cordes: Á jeter, même s’il reconnait l'élégance de ces math. Elle ne fait pas de prévisions susceptibles d'être confirmées ou infirmées: Les hypothétiques particules super symétriques sont sans doute hors de portée de détection des grands accélérateurs mais surtout les tout aussi hypothétiques dimensions supplémentaires ne sont qu'une manière de contourner les obstacles. La théorie est maquillée sous la beauté de son formalisme mathématique. Cette démarche, même dans la version plus modérée de la supersymétrie, conduit à un nombre ahurissant de variantes et d'univers possibles différents.
2. La mode encore: La théorie de l'inflation éternelle qui, lorsqu'elle se combine à la théorie des cordes, conduit à considérer la coexistence d'univers multiples: elle est aussi à jeter. Elle est également un refus d'obstacle, un contournement de la difficulté, une fuite en avant.
3. La foi: La mécanique quantique: Il ne la remet bien sûr pas en question dans le modèle standard et reconnait ses innombrables succès en physique appliquée qui confirme sa validité, mais elle n'est pas achevée car demeurent non résolues les questions mentionnées plus haut.

Julian Barbour

Je devrais parler de Julian Barbour mais Je ne l'ai pas bien cerné alors je t'invite à le découvrir par toi-même. Pour lui aux dernières nouvelles ce serait la gravité plutôt que la thermodynamique qui serait à l'oeuvre dans l'apparition de la flèche temporelle.

Lee Smolin

Co-fondateur de la gravitation quantique à boucles, et le premier a critiquer la toute puissante théorie des cordes et le concept de multivers. Ce dernier est issu d'un raisonnement tentant d'expliquer la grande question de l'ordre absolu au Big bang et d'assoir le principe anthropique qui établit que si de multiples mondes coexistent, alors il est statistiquement inévitable que nous apparaissions dans au moins l'un deux. C'est un raisonnement gratuit pour lui: Le concept de multivers est sans intérêt puisqu'il ne peut y avoir de relation causale entre eux et que cette proposition échappe par conséquent à la possibilité d'être confrontée aux observations.
Sur le temps il a changé d'avis et défend l'idée de l'existence d'un temps fondamental et ceci depuis sa rencontre avec le sociologue Roberto Unger. Les lois elles-mêmes évoluent dans ce temps fondamental. Elles apparaissent avec l'arrivée des nouveaux acteurs de l'univers. Avant l'entrée en scène de ces derniers, pas besoin de lois pour les gouverner. Cette idée de lois évolutives conduit à une régression dans le raisonnement avec la question inévitable: mais alors quelle pourrait être LA loi, méta-loi, qui régit l'évolution de lois successives? Il me semble que le raisonnement mène de la sorte à une impasse et un retour forcé à l'idée de lois (en l'espèce: une hypothétique possible méta-loi) immuables et invariantes au passage du temps. Je ne le suis donc pas sur ce terrain. Son ami Rovelli critique cette proposition tout en lui renouvelant bien sûr son amitié solide qui vient de la grande honnêteté dont Smolin a fait preuve en lui offrant de publier en son nom (sans mentionné celui de Smolin) un article sur les résultats de leurs travaux conjoints en gravité quantique. Smolin est un découvreur de concepts et de talents dans la communauté scientifique. L'archétype de l'explorateur de terrains inconnus. C'est un "Indiana Jones" formidablement humble. Il a pour moi l'étoffe des plus grands. Son premier ouvrage "rien ne va plus en physique" est une bible pour moi. Comme je l'ai dit, sur la question du temps fondamental, je ne suis pas d'accord avec lui. Je t'invite toutefois à le lire. Smolin a la taille, le calibre et l'envergure des adversaires qu'il s'est fait dans la communauté de la physique théorique au travers de ses grands "coups de gueule", coups de gueule bien sûr toujours parfaitement mesurés et argumentés.

Sean Carroll

est un cosmologiste américain, tendance Cordes mais libre penseur. Un très grand conférencier lui aussi. La clarté de son discours n'a pas d'égal. Il décrit la manifestation de la temporalité par le mécanisme de la deuxième loi de la thermodynamique, mais il ne se prononce pas sur sa nature fondamentale ou émergente. Sur cette question il hésite! En passant le film de l'histoire de l'univers à l'envers on tombe sur le Big bang et son bas niveau d'entropie. Il s'en tient à ce constat et ne donne ainsi qu'une origine chronologique à la temporalité et non une origine causale, ontologique. Cela ne me convient pas: ça fait d'elle une fonction d'elle-même. La temporalité est la source de la chronologie. Elle ne peut donc pas en être issue! A propos du bas niveau d'entropie initial, et à la lumière de l'ajustement extraordinairement fin des constantes cosmologiques, il "souffre" comme beaucoup de ses confrères d'une sorte d'allergie à l'idée que cela puisse laisser penser à une intervention volontaire extérieure, au geste d'une transcendance, idée qu'il rejette. Il est athée et se dit naturaliste. Il développe un modèle cosmologique permettant, à l'aide d'inflation éternelle et de multivers, de "sauter" l'obstacle, mais ce développement me paraît artificiel et ostensiblement orienté vers une solution permettant de contourner le problème que présente pour lui l'ordre initial parfait de "notre" univers. Pour moi l'idée d'une histoire démarrant ainsi ne me gène pas. Après tout les histoires qui commencent bien et qui se terminent moins bien, ce n’est pas si rare! (si j’en crois mon expérience). C'est sans doute parce que je suis agnostique et donc près à tout envisager.

Neil Turok

Un grand cosmologiste d'origine sud africaine, patron du fameux Perimeter Institute où "sévit" Lee Smolin. Son discours est d'une limpidité parfaite. Lui aussi en faveur d'un univers cyclique. J'en parle pour te recommander de t'intéresser à lui, mais à ma connaissance il ne s'est pas exprimé sur la question de la temporalité.

Conclusion

...la mienne, et donc loin d'en être une naturellement, mais peut-être m'as-tu rejoint!

La temporalité n'est pas fondamentale. Elle émerge du milieu des constituants de base du réel, bien qu'elle ne s'y manifeste pas puisqu'y règne la symétrie et la réversibilité des phénomènes. Elle est absente de ce milieu fondamental mais codifiée dans le formalisme mathématique qui décrit sa géométrie. Elle apparaît au sein du milieu macroscopique par le relai de la thermodynamique (Connes/Rovelli).
L'alternative que propose Penrose qui fait apparaître la temporalité dans le champ de Higgs me séduit aussi, tu l'as compris.
Entre les deux ma raison balance, mais mon coeur est serein ayant mis un peu d'ordre dans mes intérrogations.

Epilogue

C'est la fin de mon périple. Je traverserai à nouveau un pont d'Einstein-Rosen pour la revoir un instant et pour revoir les images des années Woodstock quand la musique était bonne et celles des amants adolescents qui, comme elle et moi un moment, ont saisi l'éternité hors du temps...

Bibliographie

⁃ Monica Sabolo: "Crans-montana" (basé sur une histoire vraie où je me trouvais, ou plutôt, où je me suis perdu)
⁃ Alain Connes: "Le théâtre quantique"
⁃ Alain Connes et Carlo Rovelli: "Von Neumann algebra automorphims and time-thermodynamics relation in general covariant quantum theories" (voir: annexe).
⁃ Carlo Rovelli: "Et si le temps n'existait pas"
⁃ Sir Roger Penrose: "Fashion, Faith and Fantasy" et "Les cycles du temps"
⁃ Sean Carroll: "From eternity to here"
⁃ Stephen Hawking: "Une brève histoire du temps"
⁃ J.P. Luminet et Marc Lachièze-Rey: "De l'infini"
⁃ Marc Lachièze-Rey: "Voyager dans le temps"
⁃ Etienne Klein: "Le facteur temps ne sonne jamais deux fois"
⁃ Lee Smolin: "Time reborn"
⁃ Marcel Proust: "A la recherche du temps perdu" - En réalité je ne l'ai pas lu, mais je fais comme si!
⁃ Flaubert et Aragon: Mes écrivains et poêtes préfférés!


Re: le temps
le  3 janvier à 15:27 #
Rovelli (réf: ses ouvrages): Nous baignons dans la temporalité parce que nous sommes déconnectés du monde fondamental qui nous constitue et dans lequel la temporalité n'a pas court.

Connes: c'est la variabilité d'origine quantique qui engendre la temporalité lorsque le système est dans un état thermique." ... Pour lui la temporalité nait dans le champ de Higgs: Il met en relation la relativité restreinte établissant l'égalité entre masse et énergie et l'équation de Planck établissant celle entre énergie et fréquence (NB: la fréquence est l'une des deux marques de fabrique de la temporalité à côté de sa flèche. C'est la fréquence qui berce la valse des "tic, tac"). Il en conclut: Masse = Temporalité!

@Icton: C'est un problème ouvert à cette heure: Lorsqu'on observe un système, la superposition quantique - la dualité onde-particule - "s'écroule" pour révéler la nature classique du système où un chemin déterminé et une position précise de la particule sont observés. Ne pourrait-il y avoir dans son formalisme faisant émerger la temporalité un lien, ou même plus, avec la constatation de la réduction du paquet d'ondes à la démarche macroscopique de l'observation du système?


Voilà 3 réflexions simples à comprendre et sorties du dictionnaire de la temporalité (à laquelle je préfère la notion de temps, qui mange pas d'pain.), réflexions auxquelles j'adhère. .. En rouge ce qui semble avoir été conclu par Icton. (ouf, quelque chose de personnel).

Rovelli: nous sommes déconnectés du monde fondamental qui nous constitue; c'est vrai à 100%; mais si on enlève le n au mot monde, on obtient un anagramme plus court: "le mode fondamental qui nous constitue", et que seuls quelques poètes sentent que c'est un air qui n'est pas né d'aujourd'hui, qui parle toujours avant moi, qui sait tout pas coeur..

Connes: le potentiel de Planck s'appelle "action" et s'associe effectivement avec la fréquence pour former l'énergie. C'est d'autant plus déroutant qu'un résonateur n'apporte PAS d'énergie, mais par contre, quand il y a eu résonance, il y a apport d'énergie.

@Icton : un obserateur est quelqu'un qui porte "attention" en vue d'une "intention"; cela nous amènerait facilement en plein chamanisme.. De toute manière, certains commencent à s'intéresser de plus en plus à la corrélation entre attention et perception; de là à ce que la perception d'un fait puisse changer ce fait selon une autre intention, il y a un pas que seuls quelques Merlin-l'Enchanteur ont pu franchir.
Re: le temps
le  3 janvier à 16:42 #
Le temps ne passe pas c'est nous qui le traversons !
Re: le temps
le  3 janvier à 18:23 #
Très jolie article. J'imagine qu'il faut une certaine capacité d'abstraction pour apprécier ce texte... mais je pense que c'est nécessaire si on veut un peu creuser dans la physique fondamentale .

Pour moi, la physique fondamentale est un jeu. On choisit des conceptes fondamentales (éléments de bases), pas trop différents de ceux utilisés par ses collègues pour qu'on puisse quand même se communiquer. Ensuite, on choisit un ensemble de lois fondamentales (sous-entendu, axiome de la physique) qui relient ces conceptes et on vérifie si ça prédit tout ce qui a été correctement par d'autre théorie (dans la mesure du possible lorsque ça concerne une théorie incomplète). Après ça, on est en lice avec les pros.

Concernant le temps, Einstein a bien foutu le bordèle avec ses théories donc je trouve pertinent de déconstruire ce concepte de temps en sous-conceptes. Au final, le temps propre d'une particule sert à décrire la variation des changement d'état interne et externe (ou interparticulaire), mais je ne vois pas le problème de poser le concept de temps comme un concepte de référence (càd d'utiliser ce concepte dès qu'il y a un changement d'état).

En faite, je rejoins ta citation de Connes :

"Nous avons pour habitude d'attribuer toutes notions de variabilité à la temporalité. C'est la conséquence d'une selection naturelle dans notre ésprit pour agir de manière pratique dans le monde extérieur. Mais c'est faire injustice à la réalité fondamentale. C'est le contraire qui est à l'oeuvre: C'est la variabilité d'origine quantique qui engendre la temporalité lorsque le système est dans un état thermique.


Mais je ne suis pas d'accord avec:

Si nous connaissions la pleinitude de ce dernier et pouvions appréhender la totalité des comportements des particules élémentaires dont nous sommes constitués et qui nous entourent, la temporalité n'apparaîtrait pas. Nous verrions s'agiter plus ou moins frénétiquement ces particules, nos voisines d'environnement, et nous pourrions témoigner de la globalité de leurs agissements, mais nous ne ressentirions pas le chaud ou le froid, ne verrions pas de couleur, ne tomberions pas amoureux etc... Nous ne vieillirions pas. La temporalité ne serait pas à l'œuvre. 


Car s'il y a des particules qui s'agitent, alors il y a une variation de leur état interne et de leur intéraction. Et donc, il y a temporalité. Pour qu'il n'y ait plus de temporalité, il faut que ça soit complétement gelé. Pas de photons ou autre particules qui se promènent, pas de variation gravitationnelle, aucune vibrations, nada...
Re: le temps
le  3 janvier à 22:36 #

le  3-01-2018 à 16:42, @SETI :
Le temps ne passe pas c'est nous qui le traversons !


Oui, .. mais tout de même: à la façon dont nous le traversons, nous adoptons une "transitivité"; le seul problème c'est que nous avons perdu il y a très longtemps le mode d'emploi du voyage transitif. Et il doit exister plusieurs sortes, voire une grande variété de "déroulements cinématiques" que l'on appelle par un même mot: le temps (ou temporalité)
Re: le temps
le  3 janvier à 22:44 #
Oui c'est promis la prochaine fois que je traverse un passage pour piéton je vérifie si je n'ai pas perdu mon titre de transport , oui bien sûr il y a plusieurs moyens de transports ! Ainsi que beaucoup de cinémas sur la route ! Mais pour ça bien entendu il faut du temps libre !
Re: le temps
le  4 janvier à 11:31 #
"nous avons perdu il y a très longtemps le mode d'emploi du voyage transitif."

Dans une certaine philosophie, plus l'humanité avance, plus elle perd de trucs.
Dans cet exemple, on peut supposer que "il y a très longtemps" se réfère à la période d'avant l'écriture...
A cette époque, indéfiniment reculée et qui n'a pas de début, les Humains devaient posséder des pouvoirs qui leur donnaient l'immortalité et la Toute-Puissance.
A se demander pourquoi ces humains-là ont disparu et leur savoir avec. La femme de ménage a dû jeter le mode d'emploi de la Toute-Puissance et de l'Immortalité avec les épluchures emballées dedans.
Connasse.
L
Re: le temps
le  4 janvier à 15:15 #

le  4-01-2018 à 11:31, @Ludwig :

A se demander pourquoi ces humains-là ont disparu et leur savoir avec. La femme de ménage a dû jeter le mode d'emploi de la Toute-Puissance et de l'Immortalité avec les épluchures emballées dedans.
Connasse.
L


Hé hé hé, tu as le sens de l'humour, Ludwig van Beethoven.
A propos de musique, Platon disait qu'elle réveillait en nous la sensibilité d'une partie de nous-mêmes que nous avions connue autrefois; mais évidemment cela ne plaira pas à ce qui jurent être descendus du singe.

Que veux-tu, on ne se refait pas: je n'y peux rien si une copine s'est mise à parler en allemand quand elle faisait une forte fièvre (connasse, si elle avait parlé en ch'ti, ça n'aurait dérangé personne!). Et je te passe la vie de notre ami Mozart, qui jouait du piano à 3 ans et composait à 5.

Mais il a dû se passer quelque chose, de toi à moi: certains physiciens avancent un âge de l'Univers équivalent à 45 milliards d'années. Et nous, nous venons à peine de sortir de la Guerre du Feu, que déjà nous fabriquons des ordinateurs quantiques. Et si l'Univers n'existait que depuis un an, nous n'en serions qu'à une seconde pour l'histoire de l'humanité ?



Donc il s'est passé quelque chose pour que nous descendions aussi bas: des larves rampantes, écrasées par la gravité, mourant de blessures, de maladies, d'accidents et d'épuisement après 70 ou 90 ans d'existence, tout au plus.
Re: le temps
le  4 janvier à 21:56 #

le  4-01-2018 à 15:15, @soliris :

le  4-01-2018 à 11:31, @Ludwig :

A se demander pourquoi ces humains-là ont disparu et leur savoir avec. La femme de ménage a dû jeter le mode d'emploi de la Toute-Puissance et de l'Immortalité avec les épluchures emballées dedans.
Connasse.
L


Hé hé hé, tu as le sens de l'humour, Ludwig van Beethoven.
A propos de musique, Platon disait qu'elle réveillait en nous la sensibilité d'une partie de nous-mêmes que nous avions connue autrefois; mais évidemment cela ne plaira pas à ce qui jurent être descendus du singe.

Que veux-tu, on ne se refait pas: je n'y peux rien si une copine s'est mise à parler en allemand quand elle faisait une forte fièvre (connasse, si elle avait parlé en ch'ti, ça n'aurait dérangé personne!). Et je te passe la vie de notre ami Mozart, qui jouait du piano à 3 ans et composait à 5.

Mais il a dû se passer quelque chose, de toi à moi: certains physiciens avancent un âge de l'Univers équivalent à 45 milliards d'années. Et nous, nous venons à peine de sortir de la Guerre du Feu, que déjà nous fabriquons des ordinateurs quantiques. Et si l'Univers n'existait que depuis un an, nous n'en serions qu'à une seconde pour l'histoire de l'humanité ?



Donc il s'est passé quelque chose pour que nous descendions aussi bas: des larves rampantes, écrasées par la gravité, mourant de blessures, de maladies, d'accidents et d'épuisement après 70 ou 90 ans d'existence, tout au plus.


Voici un message au poil !




Ces discussions pourraient vous intéresser également:


Qu'est ce que l'espace-temps
remonter le temps
La préhension du temps
Célérité & Temps
Vitesse et temps