Calavera Catrina : le Mexique et la Mort BCBG

Deux charmantes Calavera Catrina à Playa del Carmen lors d'un défilé.

S’il y a quelque chose d’universellement partagé par les peuples, c’est bien la mort. Pourtant, loin d’être perçue de façon unique, elle a été interprétée de façons très différentes d’une culture à l’autre. La relation entre les Mexicains et la mort est très particulière. Issue d’une part des cultes préhispaniques, notamment mayas et aztèques, et de l’autre du catholicisme du Royaume d’Espagne. Au centre de cette relation, on trouve la Calavera Catrina (« Crâne élégant »), vedette incontournable du Dia de Muertos.

La Calavera Catrina, c’est d’abord une gravure de l’illustrateur José Guadalupe Posada, dépeignant un squelette de femme noble avec un chapeau à la mode européenne du début du 20e siècle. Un portrait satirique des « nouveaux riches » mexicains, pressés de ressembler aux aristocrates du vieux continent, mais qui, comme le rappelle ainsi Posada, finiront en fin de compte dans le même état que le commun des mortels. La mort nous rend finalement tous égaux.

La Calavera Catrina de Posada. Image: Wikipedia.

La Calavera Catrina de Posada. Image: Wikipedia.

L’image a été reprise par le peintre Diego Riviera en 1946, dans sa murale « Songe d’un après-midi dominical dans l’Alameda Central » de 15m de long sur 5 mètres de haut. On y voit, dans le centre historique de Mexico, de nombreux personnages  qui ont marqué l’histoire du Mexique autour de la Calavera portant un chapeau à plumes et un boa.

La Calavera Catrina est donc en partie une moquerie à l’égard des riches qui oublient leurs racines mexicaines, qui prétendent être ce qu’ils ne sont pas. Elle s’inscrit aussi dans le prolongement de la « danse macabre », une tendance artistique qui personnifie la mort en un squelette souvent joyeux, qui semble prendre plaisir à rappeler tant aux puissants qu’aux moins nantis que c’est elle qui détient le vrai pouvoir.

La danse des morts de Michael Wolgemut. Photo: Wikipedia.

La danse des morts de Michael Wolgemut. Photo: Wikipedia.

Elle est aussi un rappel des représentations précolombiennes de la mort, en particulier Mictecacihuatl, déesse aztèque qui veille sur les os des morts dans l’inframonde souterrain et préside la fête des Morts. Il n’est donc pas surprenant que la Catrina ait rapidement été adoptée comme symbole du dia de Muertos, qui fait en quelque sorte le pont entre la Toussaint européenne catholique et le festival maya Hanal Pixán.

On la retrouve au travers de dessins, peintures et figurines, mais surtout au travers du maquillage. Ainsi, pour un soir ou deux, les jeunes mexicaines deviennent Calavera. Tantôt stoïque, tantôt joyeuse, parfois un peu enlaidie par sa morbidité, mais toujours élégante, et parfois même sexy, la Calavera Catrina prend possession des rues et des vivants.

Est-ce la mort qui nous rappelle ainsi sa présence, ou au contraire, la vie qui se permet d’en prendre possession, de la dénoncer, de lui dire en pleine face: « je sais que tu es là, je sais que tu vas gagner, mais entre-temps je vis pleinement. » ?

Ce qui est certain c’est que la perception de la mort chez les Mexicains est très différente de la perception européenne ou nord-américaine. Là où les premiers voient la tristesse dans leurs cimetières pluvieux, les Mexicains voient la danse et la fête. Là où les seconds voient la peur des fantômes au travers de l’Halloween, les Mexicains voient la tendresse qu’ils avaient envers leurs défunts et ne leur offrent rien de moins qu’un repas à l’autel – notez que j’ai bien dit « autel », celui qu’on couvre d’offrandes.

Car au Mexique, dès l’enfance, l’image de la mort est celle de la danse, de la fête collective, et de la parodie, avec pour invitée d’honneur, la Calavera Catrina.

1 Commentaire le Calavera Catrina : le Mexique et la Mort BCBG

  1. Bonjour, je découvre votre blogue en lisant l’article sur Monsanto débouté au Yucatán, sur le sujet du miel et des OGM. Quelle bonne nouvelle, même si avec Monsanto et la corruption mexicaine, il ne faut pas crier victoire trop vite…

    Malgré cet aspect, le Mexique est un pays fabuleux où je vis depuis deux ans et demi en tout, enseignant le français et écrivant des articles sur mon blog lapartmanquante. En voici deux sur le thème de Dia de Muertos, un récent de 2014 et un plus ancien de 2011 :

    https://lapartmanquante.wordpress.com/2014/11/04/todos-los-santos-y-los-muertos/

    https://lapartmanquante.wordpress.com/2011/11/05/todos-los-muertos/

    Bonne lecture et hasta luego 🙂

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